Axes 2027-2031 :
Matérialités et représentations
L’axe « Matérialités et représentations » attribue aux objets, aux matériaux et aux techniques le statut de sources historiques à part entière, réinscrivant l’objectalité et l’anthropologie des « choses » au cœur de la recherche. Loin de réduire l’artefact à une simple illustration, de lui conférer une agentivité hypothétique au détriment des acteurs qui le produisent et l’utilisent, cet axe veut explorer les interactions, les dynamiques de production, de transmission et de réception entre les supports matériels et les formes de représentation en Égypte ancienne. Cette approche croise les études sur la matérialité et l’analyse des systèmes de représentation qui structurent les discours visuels et scripturaires. Elle intègre des recherches sur la transformation des supports, les techniques de fabrication et d’inscription, ainsi que les dimensions cognitives, symboliques et performatives des artefacts. L’étude des objets inscrits, supports iconographiques ou dispositifs architecturaux interroge le lien entre matérialité et sens, notamment rituel, mémoriel ou légitimant le pouvoir. Enfin, l’apport des nouvelles technologies doit permettre de mieux saisir les processus créatifs et les interactions entre les artefacts et leurs environnements.
Culture et société
Cet axe étudie les dynamiques culturelles, sociales et politiques de l’Égypte ancienne à travers une approche interdisciplinaire combinant histoire, philologie, archéologie et anthropologie. Il vise à analyser les structures et les pratiques qui façonnent les identités individuelles et collectives, les relations de pouvoir, ainsi que les modes d’interaction entre les différents acteurs du monde égyptien, qu’ils soient royaux, religieux ou civils.
L’intérêt porte sur les systèmes de pensée et les cadres normatifs qui régissent la société égyptienne, en explorant des thématiques telles que les institutions politiques et religieuses, les hiérarchies sociales ou encore les conceptions de l’altérité. Il accorde une attention particulière aux pratiques rituelles, aux expressions de la piété individuelle et aux manifestations de la culture matérielle comme vecteurs de construction et de transmission des savoirs.
Par ailleurs, en variant les échelles d’analyse, cet axe interroge les interactions entre l’Égypte et les autres sociétés du monde méditerranéen et du Proche-Orient, en mettant en lumière les phénomènes d’hybridation, d’échanges et de transferts culturels.
Historiographie et épistémologie de l’égyptologie
Cet axe examine les fondements, les méthodes et les évolutions de la discipline égyptologique depuis ses origines jusqu’à aujourd’hui. Il interroge les discours, les cadres théoriques et les pratiques scientifiques qui ont structuré la production des savoirs sur l’Égypte ancienne, en mettant en lumière les choix interprétatifs, les biais idéologiques et les dynamiques institutionnelles qui ont façonné l’égyptologie.
Il étudie les traditions et les figures intellectuelles marquantes du champ disciplinaire, des premiers voyageurs et antiquaires aux chercheurs contemporains, en passant par les grands courants philologiques, archéologiques et anthropologiques. Il explore également les liens entre l’égyptologie et les contextes politiques, culturels et scientifiques.
Sur le plan épistémologique, cet axe s’attache à questionner les concepts et les catégories utilisés pour interpréter les sources égyptiennes (temps, espace, pouvoir, religion, écriture, art), ainsi que les méthodologies mobilisées (approches structuralistes, sémiotiques, cognitives, numériques). Il vise à identifier les paradigmes dominants et à proposer des outils critiques pour renouveler les questionnements et les cadres d’analyse.
Enfin, il ouvre une réflexion sur l’avenir de la discipline, en intégrant les enjeux contemporains liés aux humanités numériques et à l’éthique de la recherche.
Égyptologie numérique : VÉgA / SITH-Karnak / ISET
Cet axe se concentre sur le développement, l’intégration et l’exploitation d’outils numériques pour l’étude du lexique, et plus largement des textes en égyptien ancien. Il repose sur deux projets numériques de grande ampleur : le Vocabulaire de l’égyptien ancien (VÉgA), une ressource lexicographique destinée à l’analyse diachronique du lexique égyptien, et le Système d’Indexation des Textes Hiéroglyphiques (SITH-Karnak), qui vise à collecter, structurer et diffuser les inscriptions du temple de Karnak. L’intégration de ces outils dans des Large LanguageModels (LLM) spécifiquement adaptés à l’égyptologie — projet ISET — doit ouvrir de nouvelles perspectives pour l’analyse et l’exploitation des données linguistiques. Ce programme vise à développer le premier modèle de langage entraîné sur un corpus de sources en égyptien ancien. L’adoption de ces méthodes permettra non seulement de renouveler l’étude et la diffusion des sources textuelles de l’Égypte ancienne, mais aussi de renforcer leur accessibilité et leur exploitation par la communauté scientifique.
Axes antérieurs :
1) Textes de l’Égypte ancienne
— Textes littéraires, (édition, traduction, commentaire et réflexion sur le « genre littéraire »), projets « Littérature de l’Égypte ancienne » et « textes de la pyramide d’Ânkhenespépy II » (B. Mathieu) ; projet « Les ostraca littéraires de Deir al-Medina. Étude et publication » (A. Gasse)
— Textes funéraires : édition, traduction et commentaire des Textes des Pyramides, du Livre des Morts, des textes de la Tombe thébaine de Padiaménopé – TT33 (I. Régen) ; étude des concepts et des idées religieuses contenus dans ces corpus.
— Textes documentaires et légaux : publication, traduction et commentaire de documents hiératiques inédits. Collaboration avec l’Amarna Trust pour l’édition de textes hiératiques d’Amarna (M. Gabolde).
— Textes religieux et magiques : édition / traduction de textes des temples de Haute Égypte à caractère mythologique ou rituel (du Moyen Empire à l’époque gréco-romaine), édition de textes rituels, hymniques et magiques inédits conservés dans diverses collections publiques.
— Textes historiques : édition de textes hiéroglyphiques et hiératiques à caractère annalistique, historique ou biographique. « Projet Hammamat » (A. Gasse), « Projet Konosso » (A. Gasse, Cr. Craciun).
En parallèle, ces études de textes peuvent alimenter en partie deux bases de données :
– la base de données lexicographique du programme VÉgA
– le projet Karnak
2) Métropoles d’Égypte. Histoire, religion et archéologie
L’activité de l’équipe peut être déclinée en quatre types d’opérations dont la plupart incluent des recherches sur le terrain :
— Travaux dans le temple d’Amon-Rê à Karnak : Chapelle de Philippe Arrhidée, “Magasins nord” de Thoutmosis III, Chapelle adossée, Sanctuaires nord de l’Akh-menou, VIIIe pylône, Temple de Ptah, Mémorial de Aÿ pour Toutânkhamon et projet d’édition des inscriptions des temples de Karnak (projet Karnak). Ces travaux sont le fruit de la collaboration de l’équipe avec le CFEETK (CNRS UAR 3172).
— Chantier archéologique d’Ermant, situé au sud de Louqsor (dir. Chr. Thiers) en partenariat avec l’IFAO, l’UAR 3172, et avec le soutien du Conseil scientifique de l’UMPV, du LabEx Archimede et du Fonds Khéops pour l’archéologie.
— Travaux archéologiques dans la tombe TT 33 de Padiamenopé (co-direction I. Régen, relevés épigraphiques) en collaboration avec l’Université de Strasbourg, l’IFAO et avec le soutien du LabEx Archimede.
— Études sur les métropoles d’Égypte (Héliopolis, Memphis, Letopolis, Oxyrhynchos, Atfih, Province d’Akhmîm, Province de l’Oryx). Projet OrTempSol.
Des travaux transversaux et multidisciplinaires impliquent l’équipe : le projet MAHES (coord. St. Porcier) et le projet HELYCOM (coord. Annie Perraud) du LabEx, relatifs à l’étude des momies animales et humaines.
