Ortempsol – Orientation des temples à divinités solaires en Égypte

En Égypte l’espace politique et l’espace religieux se superposent. Ils se matérialisent sur le territoire par le temple, médium entre le terrestre et le divin. De par ce rôle, l’orientation du sanctuaire (premier rite de la liturgie de fondation) revêt une charge symbolique importante.

Responsable : Luc Gabolde

À Karnak, l’axe visait le lever de soleil au solstice d’hiver, à Dendara le lever de Sirius, à Tell el Amarna le lever de soleil sur le site du temple d’Aton lors de la toute première adoration au disque effectué sur le site par Akhenaton.
On se propose donc de compléter ce dossier par l’étude de l’orientation des temples de Rê-Atoum à Héliopolis et d’Amon-Rê à Tanis, en procédant à une détermination précise de l’azimut de leur axe majeur (qui fait encore défaut), à une étude astronomique du résultat et à l’élaboration d’hypothèses d’explication théologiques et des développements chronologiques.

In Egypt, political and religious spaces are more or less superimposed. They are embodied on the ground in the Temple, medium between earthly and heavenly worlds. Taking into account this role, it results that the orientation of the sanctuary (the first rite performed during the foundation ceremony) bears a strong symbolic content.
At Karnak, the axis was oriented on the sun rise at winter solstice, at Dendara on the rising of Sirius, at Tell el-Amarna on the sun rise at the very date and place of the first worshipping of the sun disk on the site by Akhenaten.
It is then proposed here to complete the research with the study of the two major solar temple remaining to be documented : the temple of Atum at Heliopolis and the temple of Amun-Ra at Tanis. An accurate determination of the azimut of their major axis (still missing) shall be implemented, followed by astronomical studies and theological or chronological conclusions.

– 1. Les objectifs scientifiques

L’objectif du présent projet est de déterminer si la fixation de l’axe majeur des temples de Rê-Atoum à Héliopolis correspond à un phénomène astronomique susceptible d’endosser une signification théologique. Un questionnement identique concerne le temple d’Amon-Rê à Tanis dont la théologie est directement inspirée de celle d’Amon-Rê de Karnak.

– 2. La problématique scientifique

On a pu récemment démontrer que plusieurs temples majeurs (Karnak, Dendara, Tell el Amarna) avaient été alignés sur un phénomène astral.

Héliopolis

Ce constat autorise l’hypothèse que le plus ancien et le plus vénérable des temples à divinité solaire d’Égypte, celui de Rê-Atoum à Héliopolis (prototype de celui de Karnak), ait obéit à la même loi (fig. 1-9).
Or, en l’état actuel, les données sur l’orientation du temple d’Héliopolis sont peu précises (et contradictoires) et donc impropres à l’élaboration d’une quelconque hypothèse (il n’y en a d’ailleurs pas eu pour lui). La détermination de l’azimut exact du temple ouvrira donc la voie à cette enquête astronomique. La mission de l’université de Leipzig a retrouvé les structures qui entouraient le passage de l’entrée occidentale du temple. Des piédestaux de statues colossales ont été identifiés de loin en loin qui permettront de définir une droite de régression matérialisant l’axe du temple dans le secteur occidental. On pourra mettre ensuite cette donnée en relation avec structures jadis identifiées autour de l’obélisque de Sésostris Ier et déterminer ainsi sur une grande échelle l’axe du temple.
La fouille égypto-allemande qui accueillera Ortempsol offre une opportunité unique et temporaire de récolter ces informations. En effet, la pression foncière autour du site est telle que sa perte semble inéluctable à court ou moyen terme (les cartes et photos aériennes sont éloquentes), en sorte que l’on n’aura plus jamais ensuite la faculté de procéder à ces mesures de vérification.
Cette recherche est susceptible, en outre, de livrer des résultats dans le domaine de la chronologie absolue : certains phénomènes ne peuvent, en effet, s’être produits sur une direction particulière qu’à une époque précise.

Fig. 1. Plan du temple d’Héliopolis (Description de l’Égypte)

Fig. 2. Le site archéologique du temple d’Héliopolis et l’obélisque de Sésostris Ier (photo Google)

Fig. 3. Carte topographique et carroyage des fouilles de l’université de Leipzig à Héliopolis.

Fig. 4. Matérialisation de l’axe entre les fouilles égypto-allemandes à l’ouest
et le site de l’obélisque de Sésostris Ier dans la partie centrale du temple d’Héliopolis

Fig. 5. Plan des fouilles de l’université de Leipzig à Héliopolis
Des piédestaux qui ont pu jalonner le grand axe ont été repérés.

Fig. 6. Structures à l’extrémité ouest de l’axe repérées par les fouilles égypto-allemandes
à l’ouest du site du temple d’Héliopolis (détail)

Fig. 7. Statue dans les structures occidentales du temple d’Héliopolis

Fig. 8. Piedestaux dans les structures occidentales du temple d’Héliopolis

Fig. 9. Fragments de statue dans les structures occidentales du temple d’Héliopolis

Tanis

De la même manière l’alignement du temple d’Amon-Rê à Tanis (la « Thèbes du Nord ») n’a jamais pu faire l’objet d’une hypothèse, notamment astronomique, dans la mesure où l’azimut du grand axe est d’une détermination encore vague (fig. 10-12). Ce qui est certain c’est que, globalement, l’alignement est-ouest du temple se trouve dans la fourchette susceptible de correspondre à un lever de soleil, mais à une date différente des solstices. L’hypothèse d’un alignement sur le lever du soleil au Jour de l’An (1er jour du 1er mois de la saison akhet) de l’an 20 de Smendès, correspondant au 13 mai 1050 av. J.-C., serait assez tentante, sous réserve, bien entendu, que l’affinement ultérieur des mesures permette de continuer dans cette voie (J.-A. Belmonte (2012, 240), est arrivé, indépendamment, à une proposition d’orientation de l’axe un peu différente, puisque ce dernier aurait, selon lui, visé le lever de soleil au jour de l’an vers 1065 av. J.-C.).

Fig. 10. Plan de Tanis (Description de l’Égypte)

Fig. 11. Plan de Tanis, MFFT, 2004

Fig. 12. Vue aérienne du fond du temple d’Amon

– 3. Retombées scientifiques attendues

La grande précision des phénomènes astronomiques et leur prédictibilité permettent d’effectuer des calages chronologiques des circonstances qui ont pu présider à la fondation des édifices. Cette capacité permet d’espérer des développements dans le domaine de la chronologie avec la possibilité de fixer de nouveaux jalons historiques. Compte tenu de la longueur de la chronologie égyptienne, tout ajustement de celle-ci est susceptible d’avoir des conséquences sur celle des civilisations environnantes contemporaines.

– 4. Résultats antérieurs obtenus sur l’orientation astronomique des temples

L’étude de l’orientation astrale des temples égyptiens a été initiée par l’auteur du présent projet en 1997 avec des recherches sur l’alignement de l’axe majeur du temple de Sésostris Ier à Karnak. On put déterminer alors que le temple avait été précisément orienté sur le point où se levait, à cette époque, le soleil, au Solstice d’hiver (potentiellement le 19 décembre grégorien 1913 av. J.-C.). Cette orientation assimile le temple à « l’horizon du ciel », le lieu où l’astre diurne semble toucher la terre et où, par conséquent, une échange entre le monde divin et céleste d’une part et le monde humain et terrestre, d’autre part, peut s’effectuer.
Les recherches ultérieures menées sur les alignements des édifices de l’axe processionnel Nord-Sud avaient conduit à supposer qu’ils avaient été commandés pars des visées astronomiques sur le point où se couchait l’étoile Canope, la seconde étoile la plus brillante du ciel après Sirius, et astre qui apparemment assimilé à Osiris-ihy, ce qui conférait à cette orientation une symbolique chthonienne.
Par la suite, à l’occasion de la mission de M. Gabolde à Tell el-Amarna, une enquête a été menée sur l’orientation de l’axe majeur du petit temple d’Aton (fig. 15). Il a pu être établi que l’azimut de cet édifice avait été, selon toute vraisemblance, aligné sur le point où s’était levé le soleil le jour même où le roi s’était rendu sur le site afin d’y effectuer le rituel de fondation. Cette date a été transmise par des stèles de l’an V, le 13e jour du IVème mois de la saison peret (vers le 19 février grégorien (= 2 mars julien) 1335 av. J.-C. et des stèles anniversaires de l’an VI, même jour. Cette proposition à pour conséquence intéressante de valider les hypothèses d’une chronologie basse pour l’histoire égyptienne.

– 5. Un potentiel novateur et un caractère interdisciplinaire

Si les données sur l’orientation des temples égyptiens commencent depuis quelques temps à être plus précises et plus fiables, aucune n’était jusqu’ici disponible pour ces deux temples majeurs de l’Égypte que constituent Tanis et Héliopolis, ce qui empêchait toute réflexion sur le lien entre leur orientation et des phénomènes astronomiques.
L’interdisciplinarité ressort de l’objet même de l’étude puisqu’elle aura recours à la science de l’astronomie, à l’éclairage de la théologie égyptienne, aura des extensions dans le domaine de la chronologie absolue, se fondera sur la topographie archéologique, ou encore interférera avec l’histoire de l’Égypte.

– 6. Nature des travaux à mener et méthodologies développées

Mesures de terrain au théodolite et au GPS :

— détermination d’un axe par des jalons ;
— détermination d’une droite de régression ;
— mesure de l’azimut de l’axe dans le repère géodésique local ;
— éventuellement mesure de contrôle par une visée nocturne sur la polaire ;
— détermination des erreurs relatives et des marges d’erreur ;
— recherches des phénomènes astronomiques susceptibles d’être intervenus dans la détermination de l’axe (modélisation sur Voyager ™III) Collaboration avec les chercheurs de l’institut de mécanique céleste (IMCE) ;
— modélisation chronologique et calendérique (calcul des dates éventuellement obtenues en calendrier égyptien) ; hypothèses historiques déduites ;
— contrôle final des hypothèses par les chercheurs de l’institut de mécanique céleste (IMCE).

Les résultats seront publiés sous forme d’articles dans des revues spécialisées. Sont envisageables : Cenim, Cahiers de TanisMDAIKRevue d’ÉgyptologieBIFAOZÄSJEA, entre autres.

Par ailleurs, les travaux sont susceptibles d’être présentés dans des réunions de spécialistes, congrès, symposiums ou bien dans des conférences destinées à un public plus large.

– 7. Bibliographie relative au projet

  • AUBOURG, É., « La date de conception du zodiaque du temple d’Hathor à Dendara »,BIFAO95, 1995, p. 1-10.
  • BELMONTE, J.-A.,Pirámides, templos y estrellas, Barcelonne, 2012.
  • CAUVILLE, S., avec la participation de AUBOURG, É., DELEUZE, P., LECLER, A., « Le temple d’Isis à Dendera »,BSFE 123, 1992, p. 31-48.
  • GABOLDE, L.,Le “grand château d’Amon” de Sésostris Ier à KarnakMAIBL 17, 1998, p. 127-134, § 201-211.
  • GABOLDE, L., « Canope et les orientations nord-sud de Karnak établies par Thoutmosis III »,RdE 50, 1999, p. 260-264.
  • GABOLDE, L., « “L’horizon d’Aton”, exactement ? »,Verba Manent. Recueil d’études dédiées à Dimitri MeeksCENiM 2, 2009, p. 145-157.
  • GABOLDE, L., « Mise au point sur l’orientation du temple d’Amon-Rê à Karnak en direction du lever de soleil au solstice d’hiver »,Karnak 13, 2010, p. 243-256.
  • JEFFREYS, D.G. « Joseph Hekekyan at Heliopolis », dans A. LEAHY & J. TAIT (éd.),Studies in honour of H.S. SmithEgypt Exploration Society Occasional Papers, 13, Londres, 2000, p. 157-168.
  • SHALTOUT, M., BELMONTE, J.A., « On the Orientation of Ancient Egyptian Temples : (1) Upper Egypt and Lower Nubia »,JHA 36, 2005, p. 273-298.
  • SHALTOUT, M., BELMONTE, J.A., « On the Orientation of Ancient Egyptian Temples : (2) New Experiments at the Oases of the Western Desert »,JHA 37, 2006, p. 173-192.
  • SHALTOUT, M., BELMONTE, J.A., FEKRI, M., « On the Orientation of Ancient Egyptian Temples : (3) Key Points at Lower Egypt and Siwa Oasis, Part I »,JHA 38, 2007, p. 141-160.
  • SHALTOUT, M., BELMONTE, J.A., FEKRI, M., « On the Orientation of Ancient Egyptian Temples : (4) Epilogue in Serabit el Khadem and Overview »,JHA 39, 2008, p. 181-211.
  • MARAVELIA, A.-A. SHALTOUT, M., « The Great Temples of Thebes and the Sunrise in the Winter Solstice : Applying Modern Archaeoastronomical Techniques to Study the Ancient Egyptian Mansions of Millions of Years »,Cahiers supplémentaires des Memnonia II, 2010, p. 283-295.

– 8. Calendrier des travaux.

– 2013-2014 Mission à Héliopolis (≈ 4-5jours)

– 2014-2015 Mission à Tanis (≈ 4-5jours)

– 2015-2016 Publication des résultats

Voir aussi dans «La Recherche»

Atfih, la nécropole des vaches sacrées (Mission 2008) – Mission Égypto-Française d’Atfih À environ 80 km au sud du Caire, sur la rive orientale du Nil, Atfih – nom moderne de la ville – occupe l’emplacement de l’ancienne Tepihou, appelée Aphroditopolis à partir de l’époque hellénistique. La divinité principale de la métropole de la 22e et dernière province de Haute-Égypte était une Hathor. L’important rôle de mère nourricière de la déesse dans cette localité favorisa certainement son association à Isis et à Hésat. Ces divinités pouvaient se manifester par l’intermédiaire d’une vache [fig. 1] qui avait droit à un entretien particulier et à un culte à Atfih. Ermant La tombe du prêtre Padiaménopé (TT33), Thèbes, TT 33, fin XXVe – début XXVIe dyn. La tombe du prêtre lecteur et chef Padiaménopé (Pétaménophis) rassemble une collection de corpus funéraires égyptiens et l’intègre dans une architecture exceptionnelle comprenant 22 salles réparties sur 4 niveaux. Ces textes, souvent remaniés par rapport aux versions du Nouvel Empire, sont largement inédits. Le programme VÉgA (Vocabulaire de l’Égyptien Ancien) MAHES : Momies animales et humaines égyptiennes : perception de la mort en Égypte ancienne à travers l’étude des animaux sacrés Les nécropoles de l’ancienne Égypte ont livré des momies animales par millions, témoignant ainsi de la ferveur des Égyptiens à l’égard de ces animaux sacrés et révélant la place majeure que ces derniers occupaient au sein de la religion. Or, paradoxalement, les croyances et les pratiques liées à ce culte sont mal connues. Projet Karnak Temple d’Amon-Rê à Karnak En partenariat avec le Centre Franco-Égyptien d’Étude des temples de Karnak (USR 3172 du CNRS, CFEETK), plusieurs projets sont en cours dans le grand temple d’Amon-Rê à Karnak.